Itinéraire d’une peintre polonaise de renommée nationale qui, pour fuir le régime en place et son propre succès, s’exile à Paris où elle vit de la restauration de tableaux, tout en poursuivant ses investigations picturales. Elle reprend contact avec son pays après la chute du communisme et y relance une nouvelle carrière artistique peu avant sa mort.



Sa jeunesse

Les études

La notoriété grandissante

Départ pour Paris

Retour au pays



.1 Sa jeunesse


   Jadwiga, Arika Orlowska naît en 1928 à Varsovie dans une famille de noblesse terrienne. Son père, Wladyslaw Lubicz- Orlowski , ingénieur- agronome, lors d’une mission en Russie juste après la Révolution, parentes a la fenetre amène sa jeune épouse d’origine arménienne Wartuga Unanianc, dans leur propriété familiale aux environs de Varsovie, où naissent leur deux filles, Alina et Arika. Pendant la guerre, membre actif de A.K.(Armée de l’Intérieur, mouvement de résistance qui, pendant la deuxième guerre, combattait aussi bien les Nazis que les Soviets), il s’expatrie aux Etats-Unis juste après la dissolution de ce mouvement clandestin en 1945, afin de ne pas être victime du gouvernement communiste. Il décède en 1965 à Eugene, dans l’Etat de l’Oregon, sans avoir jamais revu sa famille.





 

.2 Ses études


   
Après avoir miraculeusement échappé aux horreurs de la guerre, la famille est néanmoins spoliée de la totalité de son patrimoine, confisqué par le nouveau régime politique.
Juste après la guerre, Arika, attirée par l’activité artistique, rentre à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Art de Sopot, prés de Gdansk, où elle étudie la peinture à l’atelier des professeurs de renommée nationale : Artur Nacht-Samborski et Jacek Zulawski. « Les études à l’école des Beaux Arts, c’était la meilleure période de ma vie. Les plus  belles années, une période insouciante, pleine d’espoirs ».
Elle y fait la connaissance de son futur époux, Roman Poray- Madeyski, étudiant dans le département  peinture murale, issu d’une noblesse aisée de Cracovie. Dépossédés de tous leurs biens par le pouvoir communiste, ses parents proches périrent dans les goulags staliniens en Sibérie. Spécialisé dans la fresque, Roman Madeyski participe à la restauration des façades des centres anciens détruits pendant la guerre et reconstruits à l’identique dans les années 50 : ceux de Gdansk, Lublin et Varsovie.



.3 Notoriété grandissante à Varsovie


    Après avoir terminé les études, le couple s’installe chez des amis, dans un vieux manoir aux environs de Varsovie, à Czerniakow . « Nous habitions deux pièces sans aucun confort, il fallait chercher l’eau dans la cour ; mais nous menions une vie très sociable et festive : le tout- Varsovie artistique passait chez nous, des célébrités, des gens dont on parlait et des snobs qui tournaient autour d’eux : peintres, graphistes, écrivains, acteurs, cinéastes… La maison était pleine de monde jour et nuit. Nous étions même une curiosité locale : dés qu’une personnalité importante arrivait de l’étranger, un artiste, acteur, réalisateur ou écrivain, on l’emmenait chez nous » . Arika Madeyska gardera son nom d’artiste toute sa vie, malgré le divorce avec Roman Madeyski peu après la naissance de leur fille unique.





 


   
Elle reçoit son premier grand prix en 1955, au cours d’une Exposition Nationale des Jeunes Artistes à l’Arsenal de Varsovie, devenant ainsi un jeune espoir de la peinture polonaise. En rejetant radicalement le style du réalisme socialiste, elle impose son propre langage pictural et participe à de multiples expositions collectives et individuelles dans les salons artistiques et les galeries de renommée nationale (Zacheta, Krzywe Kolo, Kordegarda).
Elle participe annuellement au Festival des Beaux-Arts à Sopot et reçoit une récompense du ministère de la Culture pour une œuvre présentée à l’exposition de la Jeune Peinture et Sculpture de Sopot en 1957. Sa première exposition individuelle a lieu au Salon de la Nouvelle Culture à Varsovie en 1959 avec des critiques très favorables :on y vante « le monde intérieur sensible et curieux, le lyrisme des formes et des couleurs ».
Elle est invitée à participer a deux expositions à l’étranger : 12 peintres polonais à Paris (galerie Charpentier) et 50 ans de la peinture polonaise à Genève. La galerie Bénézit à Paris lui consacre une exposition individuelle en 1959 et en 1960 : elle y expose des toiles encore figuratives, teintées de surréalisme et les premières abstractions géométriques monochromes.
 


    Dans les années 60, les expositions individuelles se succèdent à Varsovie : en 1962, à la galerie nationale Kordegarda ,puis à Krzywe Kolo, elle présente ses premiers collages sur supports divers : papier et tissus. A la même époque, le vice-président des Etats-Unis, Richard Nixon, en visite officielle en Pologne, fait acquisition de ses deux toiles, ce qui fera sensation en plein régime stalinien !
«Je travaillais énormément, je peignais sans cesse. Je suis devenue assez connue, on m’invitait à toutes les expositions, je recevais des tas de prix. On achetait mes tableaux, aussi bien les musées que les particuliers. J’étais lancée dans le milieu artistique, ça s’est fait tout naturellement, sans aucun effort de ma part ». .Malgré cette notoriété et une certaine liberté d’expression tolérée par les autorités, elle subit le poids de la répression qui freine son indépendance. « Même pendant la période la plus totalitaire en Pologne on pouvait peindre comme on voulait, sans être obligé de faire du réalisme-socialiste, il fallait juste avoir un peu de caractère (…) j’ai avais assez de connaître tout le monde et d’être reconnue par tout le monde, j’avais besoin de m’éloigner de ce milieu ; partir, c’était la seule solution ».




 

.4 Le départ définitif pour Paris


   

En 1963, en pleine gloire, profitant d’une bourse d’Etat, elle part définitivement pour Paris, ville qui la fascinera toute sa vie. La galerie Lambert l’exposera la même année : « la non-figuration a engendré les rêves étranges de Madeyska (…) elle fait surgir un réseau des nervures diaphanes (…) ». Son exil marquera une rupture dans sa vie privée et professionnelle. Il ne sera plus question de vivre de sa peinture, elle mènera une véritable « vie de bohême ».
Les premières années parisiennes s’avèrent très difficiles par manque de moyens financiers et matériels, d’autant plus qu’elle y fait venir sa fille adolescente : « Notre vie était dure, (très dure, nous avons vécu des moments de véritable misère, celle où on n’a pas de quoi manger ; nous avons appris à vivre avec trois francs par jour ». Par l’intermédiaire d’amis issus d’émigration polonaise, dont la peintre Joanna Wierusz-Kowalska, elle se spécialisera en restauration de tableaux dans un atelier privé. Elle participera, avec ses compagnons à la réfection des fresques au château de Fontainebleau. Parallèlement, elle rentre en dissidence en se liant d’amitié avec l’Institut Littéraire Kultura , maison d’édition clandestine basée à Maisons-Laffitte, dirigée par le couple, Zofia et Zygmunt Hertz.



 


    Elle y côtoie le milieu d’écrivains et d’intellectuels dissidents : Witold Gombrowicz, Czeslaw Milosz, Marek Hlasko, Jerzy Giedroyc, Jozef Czapski. Cette relation illicite lui vaudra des intimidations de la part des autorités polonaises. Privée de papiers d’identité officiels, elle ne retournera pas dans son pays durant de longues années. Sa vie sociale et culturelle parisienne est intense, elle reste néanmoins très attachée au milieu artistique polonais. Son petit appartement parisien du XVe arrondissement centralisera de nombreuses réunions d’artistes franco-polonais: les graphistes  Roman Ceslewicz et Jan Lenica , les sculptrices Maria Papa et Alina Szapocznikow, les peintres Jan Lebenstein, Mieczyslaw Janikowski, Zofia Szalowska et Pierre Ducordeau. Certains de ses amis les plus proches, comme Lunia Czechowska, ancienne compagne de Modigliani , la soutiendront dans ses moments difficiles et l’introduiront dans les galeries parisiennes, elle travaillera pour elles comme restauratrice de tableaux. Cependant, elle ne cessera jamais de peindre : «  C’est une nécessité, c’est indispensable pour moi, j’ai besoin de peindre ». Son langage pictural va subir des changements : ses toiles deviendront définitivement abstraites : formes circulaires entrecoupées par des lignes translucides , chromatisme délicat de tonalités camaïeux.


 

.5 La découverte du reste du monde


   
Dans les années 80 elle découvre New-York, ville qui exercera sur elle une réelle fascination : elle y séjournera assez régulièrement et y exposera à plusieurs reprises. Les carnets de voyage, où elle mêle textes et croquis témoigneront par ailleurs de ses nombreux séjours aux Etats Unis, en Amérique du Sud, en Asie, et en Europe



 

.6 La réconciliation avec son pays natal


    Elle renoue avec son pays après la chute du communisme : grâce à l’exposition « Jestesmy », en 1991 à la galerie nationale Zacheta de Varsovie, débutera une nouvelle carrière artistique en Pologne. Des expositions individuelles se succèderont dans de nombreuses galeries et musées des grandes villes polonaises. En avril 2004 se tient une exposition dans une galerie à Varsovie, ce sera la dernière, puisqu’elle décède brusquement en décembre 2004 à Paris. L’Institut Polonais de Paris lui rendra hommage avec une exposition( invitation sev ) posthume quelques mois après son décès, et le musée Historique de Sanok, en Pologne, lui consacrera une rétrospective en 2007.
+ publication d'un livre biographique.





 

 

 

 

 

vente d’œuvres d’art aux enchères